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communication au colloque

"L'esprit économique impérial"


Les chambres de commerce du Tonkin,

1884-1894 :

Sociabilité culturelle ou mission économique ?

Claire VILLEMAGNE


Au Tonkin, le premier recensement de la population européenne date de 1911. Pour connaître le nombre de négociants, d’industriels, de planteurs, d’entrepreneurs avant cette date, il faut croiser différentes sources : annuaires, état civil, presse, demandes de concessions, jugements commerciaux, offices notariés... On obtient ainsi un chiffre très approximatif d’un millier d’individus pour l’ensemble de la période, répartis sur l’ensemble du protectorat, mais principalement dans les deux centres administratifs et économiques : Hanoï et Haïphong. Population aux effectifs minimes face aux fonctionnaires et militaires français, aux colonies chinoises et surtout face aux Vietnamiens. Dans ces conditions, comment se faire entendre au milieu de soldats, de marins, et de fonctionnaires dont les pouvoirs sont très importants ?

Dans ces premières années d'occupation où le Tonkin est une colonie en devenir, l'enjeu est de taille. Et les chambres de commerce apparaissent comme un tremplin individuel et un amplificateur de revendications collectives.

C’est par une décision du sous-secrétariat des Colonies en date du 1er août 1884 qu’est créée une chambre de commerce à Hanoï et à Haïphong.

Cette mesure est complétée par la création de trois autres organismes :

- un Comité agricole et industriel du Tonkin, institué le 20 mars 1885 ;

- un Conseil supérieur du protectorat, créé le 5 septembre 1888, dont les membres sont nommés pour une période de trois ans, en tant que :

Ø conseillers titulaires français : Kœnig, président de la Chambre de commerce ; Bourgouin-Meiffre, négociant.

Ø et conseillers suppléants : Jeanning, négociant ; Daurelle, négociant.

Tous les quatre étant d’éminents membres des chambres de commerce ;

- enfin, une chambre d’agriculture du Tonkin est instaurée. Ses dix membres sont élus par les planteurs. Leurs travaux concernent principalement les essais de culture. À ce titre, elle encourage les initiatives, les bonnes volontés et informe des cultures des pays voisins. Elle crée également un concours agricole, où sont distribuées des récompenses.

En fait, les chambres de commerce sont installées au Tonkin en juin 1886, treize ans après la première guerre de conquête et moins de trois ans après l’instauration du protectorat. Elles comportent chacune 12 membres nommés par le gouverneur général. Dans un premier temps, les résidents d’Hanoi et d’Haiphong président les chambres qui ont seulement un statut consultatif. Une rupture intervient en 1889, année de réformes introduisant l’élection consulaire en vue de résoudre une crise entre les chambres et l’administration. Les délibérations deviennent libres. Les chambres de commerce se distinguent alors des conseils municipaux sur deux plans :

- leurs membres sont élus,

- leurs délibérations ne sont plus soumises à l’approbation du résident supérieur.

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Hanoï, foire aux chevaux

Cette réforme du printemps 1889 dote les chambres de commerce d’enjeux propres qui dépassent les débats économiques.

Déjà, la constitution des listes électorales pose problème. Des négociants se plaignent d’avoir été oubliés, et de ne pas avoir reçu leur carte d’électeur. C’est l’arrêté du 16 février 1889 qui fixe les modalités de l’élection. L’article 6 du chapitre II stipule que sont électeurs :

«1° les commerçants européens âgés de 21 ans accomplis, payant, pour eux-mêmes ou pour la société qu’ils représentent, une patente. 2° Les Asiatiques âgés de 25 ans, payant une patente de 4ème classe et au-dessus. Toutefois cette catégorie d’électeurs ne prendra part qu’à l’élection des deux membres asiatiques prévus à l’article 4 ci-dessus.

Article 7 : ne peuvent être inscrits sur les listes électorales : 1° les individus privés de leurs droits civils et politiques. 2° ceux à qui le droit de vote et d’élection a été interdit par jugement rendu en matière correctionnelle. 3° les condamnés à l’emprisonnement pour crime. 4° les condamnés pour vol, escroquerie, abus de confiance, 5° Les notaires, greffiers et fonctionnaires quelconques destitués en vertu de jugements ou décisions judiciaires. 6° Les condamnés pour vagabondage ou mendicité. 7° Les militaires condamnés aux travaux publics. 8° Les interdits : les faillis non réhabilités.»[i]

Enfin l’article 8 fixe les conditions d’éligibilité. Celles-ci sont restreintes aux commerçants français inscrits sur la liste des électeurs et aux commerçants asiatiques patentés des deux premières catégories.

Mais en fait, l’application de cet arrêté diffère totalement. Son amplification lithographiée introduit une grande restriction par rapport à celui publié précédemment au Journal officiel. Ce second texte stipule que :

«sont électeurs 1° les commerçants européens âgés de 21 ans accomplis payant pour eux-mêmes ou pour la société qu’ils représentent une patente de 4ème classe ou au-dessus.»[ii]

De fait les restrictions sont les mêmes pour les négociants Européens et pour les Asiatiques. Pour le Courrier de Haiphong qui se fait l’écho de cet obstacle, il ne peut s’agir que d’ «un ajouté après coup, par erreur sans doute du copiste ou du lithographe. Et cela est si vrai qu’aux élections de l’année dernière tous les commerçants européens ont voté. Nous ne nous étendrons pas sur l’incroyable légèreté de ceux qui à la résidence supérieure, en février 1889, adressaient aux résidents maires d’Hanoi et d’Haiphong des ampliations d’arrêté non conformes au texte publié à l’Officiel ; il nous suffit de le faire constater, et de réclamer des cartes d’électeurs pour tous les patentés européens.»[iii]

Les premières élections ont lieu le 17 mars 1889. L’enjeu dépasse de loin les questions économiques et commerciales. Il s’agit surtout de la première manifestation du suffrage au Tonkin, et la presse locale compte sur une mobilisation importante afin d’illustrer la vitalité des deux villes et de la colonie. A Hanoi, plusieurs listes sont en concurrence, mais elles présentent à peu d’exceptions près, les mêmes noms. Aussi les deux journaux majeurs l’Avenir du Tonkin et le Courrier de Haiphong n’affichent aucune préférence, tout en insistant sur les nécessaires compétences et influences personnelles des membres qui les composent. Pour Haiphong, la question est plus complexe et révèle un affrontement sérieux entre deux clans bien opposés.

Destinées à donner leurs avis et à exposer leurs vues sur les questions d’intérêts généraux, les chambres doivent être élues en connaissance de cause. Aussi est-il utile d’étudier la composition des chambres de commerce afin de saisir les stratégies de pouvoir des négociants français.

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Hanoï, conducteur de brouette



1. Les chambres de commerce d’Hanoï et d’Haïphong,

lieux de sociabilité culturelle


Dans un contexte de lutte de pouvoir entre l’armée et l’administration civile, les chambres de commerce offrent un rare espace d’expression pour les colons expatriés. Faire partie du bureau d’une chambre est une ambition pour beaucoup. À ce titre les postes de président, vice-président, secrétaire ou trésorier sont très recherchés.

1. 1 La composition des chambres de commerce

La comparaison de la composition des chambres de commerce des deux centres économiques du Tonkin, de 1886, année de leur fondation, à 1894, fait apparaître des écarts notoires(voir annexes, tableaux n° 1 et 3). On remarque qu’à Haiphong, le nombre de membres est plus élevé : 34 contre 30, ce qui s’explique par une plus grande instabilité économique à Haïphong. Quant au nombre moyen d’années de participation par membre, il est nettement inférieur à celui d’Hanoi : 2,3 contre 3,8.

Pour Hanoï, 9 noms reviennent de façon plus marquée (plus de 5 présences pour 9 années) :

- Blanc (8),

- Bourgoin-Meiffre (6),

- Daurelle (5),

- Debeaux (7),

- Godard (8),

- Lacaze (5),

- Leyret (7),

- Schneider E. (6),

- Schneider F H (7).

Pour Haïphong, seulement 3 noms apparaissent (plus de 5 présence pour 9 années) :

- d’Abbadie (6),

- Bleton, (5)

- Vézin (5).

Cette donnée illustre encore la différence de stabilité entre les deux places (voir annexes, tableaux n° 2 et 4).

Qui sont ces membres qui siègent de façon quasi permanente ?

Né en 1860, Julien Blanc est pharmacien à Hanoi. Sa pharmacie, fondée en mai 1886 par Noël Reynaud est la plus ancienne d’Hanoi. En juin 1887, l’association entre les deux hommes prend fin et la pharmacie devient propriété exclusive de Blanc. Située d’abord sur les bords du Petit Lac dans une ancienne pagode, elle est transférée rue Paul Bert en 1890, suite aux expropriations entreprises par l’administration municipale (Beauchamp). Quatre ans plus tard, elle est augmentée de parcelles de terrain situées sur le boulevard Henri Rivière et constitue ensuite un ensemble de 15 mètres de façade sur la rue Paul Bert et de 90 mètres sur le boulevard Henri Rivière. L’officine est assez luxueuse et moderne. Les magasins et les laboratoires emploient trois Européens et une quinzaine de Vietnamiens. Ils sont approvisionnés de nombreux produits de pharmacie, de droguerie et de chimie utilisés dans le domaine des arts, de l’industrie et de la photographie.

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Hanoï, pagode du Petit Lac

 

Né en 1851, Numa Bourgoin-Meiffre est commerçant, industriel et planteur. Arrivé au Tonkin en 1884, il possède deux concessions, l’une dans le 3e territoire militaire entre Ha Giang et Tuyen Quang en 1898, l’autre dans la province de Sontay, où il est le seul à produire de l’essence de badiane (anis étoilé). À Hanoï, il possède également des ateliers de filatures (surtout pour les filés de coton) et une fabrique de céramique près du Grand Lac. Il constitue le fer de lance de la protestation contre l’application de tarifs douaniers protégeant l’industrie cotonnière métropolitaine.

Né en 1856, Ferdinand Daurelle est négociant à Hanoi. En 1889 il devient adjudicataire pour la viande abattue et sur pied et fournit toute l’administration militaire du Tonkin, ce qui lui assure des revenus réguliers et confortables. En 1892 à 38 ans, il devient président de la Chambre de Commerce d’Hanoi.

Il devient également concessionnaire dans les provinces de Nam Dinh et de Ninh Binh.

À Hanoï les deux frères Debeaux, Honoré et Raoul, dirigent une importante maison de commerce. Les bulletins de la chambre de commerce n’indiquent jamais  le prénom des membres. Mais on peut supposer qu’il s’agit d’Honoré (Raoul étant son mandataire). Né en 1858, il est également assez jeune lorsqu’il siège à la chambre

Né en 1839, Sébastien Godard était négociant à Hongkong  jusqu’en 1885, avant de s’installer à Hanoï. Il y fonde une importante maison de commerce, comportant des ateliers spéciaux pour la sellerie, la cordonnerie, la ferblanterie, le mobilier. Ses ateliers sont dirigés par des contremaîtres français, mais les ouvriers sont tous vietnamiens. Il acquiert par la suite une concession dans la province de Hung Hoa, où sont produits du riz, du café, des camélias (arbre à huile).

Né en 1845, Antoine Lacaze est présent en Cochinchine dès 1868. Il fonde le Grand magasin rue Paul Bert, à Hanoi en 1884. Il fournit toutes sortes de marchandises importées : vins de Bordeaux en barriques et en bouteilles, un grand assortiment de sellerie et d’harnachement de voiture à tous prix, des articles de cuisine, des conserves, des liqueurs, de la verrerie, cristaux, porcelaine, faïence, du linge de table, des articles de parfumerie, quincaillerie, lampisterie, des chaussures en tout genre, de la confection pour hommes, et encore de l’horlogerie, de la lunetterie et des articles de chasse.
Paul Leyret est le seul architecte installé au Tonkin. Il fonde également une entreprise de travaux publics. Surtout, il est le neveu d’Emile Bouchet, lequel est un des plus anciens avocats installés à Hanoi qui est très bien introduit dans les milieux politiques métropolitains (surtout marseillais), et dans la vie politique du protectorat.

Les frères Schneider sont deux autres personnages incontournables d’Hanoï :

Né en 1844, Ernest est libraire et papetier (aussi désigné comme Schneider aîné). Il vend également des articles de bureau et fait office de bibliothèque à partir de 1890, offrant plus de 1200 ouvrages en prêt.

Né en 1852, François-Henri est imprimeur. En 1883, il est chef d’atelier de l’imprimerie du protectorat. Au cours de l’année 1885, il développe une imprimerie indépendante et fait venir de France un matériel spécial pour l'impression de cartes de visite et de travaux pour les particuliers. Fervent étudiant de la langue annamite, il entretient de très bonnes relations avec les autorités vietnamiennes locales.

Les membres de la chambre de commerce d’Haiphong siégeant plus de 5 ans sont peu nombreux, mais ils sont tout aussi emblématiques d’une réussite coloniale.

Ainsi, Jules d’Abbadie est directeur des Messageries fluviales du Tonkin, en association avec Marty. D’abord marchands d’outils au Tonkin, ils dirigent des ateliers navals d’où sortent de nombreux vapeurs naviguant sur les fleuves du Tonkin. Ils produisent également toutes sortes de matériaux en fer pour la construction (charpentes, poutres…). Le rôle de cette entreprise est cruciale : dès le début de la conquête, il paraît indispensable de profiter des nombreux cours d’eau, pour pénétrer plus avant dans ce pays. L’absence totale de routes, les nombreux marécages et rizières constituent une entrave perpétuelle à la communication rapide entre les différentes villes. Et c’est à Marty et d’Abbadie que revient l’honneur d’avoir organisé les premiers une importante flottille de rivières, constituée de différents modèles de chaloupes, les Messageries fluviales du Tonkin.

Né en 1842, Alcide Bleton est un commerçant installé à Haiphong depuis 1885. Il est souvent nommé par le tribunal de 1ère instance pour les affaires de succession, de faillite ou d’expertise.

Quant à Charles Vézin, c’est un des principaux entrepreneurs de travaux publics, du Tonkin. Sa société produit des ciments artificiels (Portland), des chaux hydrauliques et des mosaïques de carrelage. Il est chargé par le protectorat de la construction de chemins de fer, ce qui lui assure d’importants revenus.

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1.2 Quel bilan tirer de ces éléments biographiques ?

Il s’agit de négociants aisés, ayant une activité prospère et stable, ce qui est assez rare à cette période. Ces figures d’entrepreneurs sont pour la plupart consensuelles. Ainsi Jules Blanc est le seul pharmacien d’Hanoi, Bourgoin-Meiffre est le premier industriel à s’intéresser aux filatures. Les Schneider dans le domaine du livre et de l’imprimerie sont sans concurrence à Hanoi, d’Abbadie dirige la seule entreprise de construction navale. Les activités commerciales sont plus controversées, la concurrence y est forte. Les membres des chambres concernés sont alors plus âgés ou ont un parcours marqué par l’expérience en Extrême-Orient : Godard arrive d’Hongkong, Lacaze de Saigon.

Expérimentés, fortunés, reconnus et souvent exerçant une activité non concurrentielle, voilà le profil type des membres nommés ou élus des chambres de commerce au Tonkin.

Il faut noter également une permanence sur toute la période : le mode électif introduit en 1889 ne bouleverse pas la composition des chambres. Le gouvernement général et les électeurs consulaires accordent une confiance similaire à cette petite élite commerciale. Si des noms disparaissent, il s’agit surtout de décès (Koenig, Guillaume, Bancal) ou de départ de la colonie (Ceccaldi, Louis Pila).

D’autres sont au cœur de si vives polémiques, extérieures à leurs activités consulaires, qu’ils doivent abandonner tout mandat. C’est le cas de Charles Wehrung, membre de la chambre de commerce de Hanoi en 1886, 1887 et 1889, qui abandonne toute participation lorsqu’il est mis en cause dans l’affaire des chemin de fer de Langson dans laquelle il a des intérêts personnels[iv].

De même Oberg s’enfuit en Chine après une condamnation pour faillite frauduleuse en juillet 1890. Il est ensuite accusé de contrebande de guerre et condamné à mort par contumace par la cour criminelle du Tonkin. On peut citer aussi le cas de Dausque représentant de la Compagnie industrielle d'étude et d'entreprises générales françaises pour le Tonkin, l'Annam et la Chine, dont le siège est à Paris. Sa société est chargée de la construction des quais d’Hanoï. Ce sont les entrepreneurs Vézin et Huardel qui effectuent ces travaux de construction dans le cadre d’une sous-traitance. Or en février 1887, on découvre que cette société parisienne est dans l’impossibilité de payer les deux industriels installés au Tonkin, soit une somme d’environ 450 000 francs[v]. Dans ces conditions, il n’est pas très étonnant que Dausque disparaisse de la chambre de commerce d’Hanoï dès l’année suivante.

ulyssepilaEnfin, certains ne sont que des prête-noms pour les intérêts qu’ils représentent. Ainsi Ernest Bancal est le représentent d’Ulysse Pila [photo ci-contre] et Compagnie, la grande entreprise lyonnaise étudiée par Jean François Klein. Avant son décès en juillet 1890, il était directeur des Docks d’Haïphong et des magasins centraux pour la même société. Une telle position le rendait bien sûr incontournable pour la gestion des questions économiques et commerciales locales. 

De même François Jame est contraint de démissionner de la chambre de commerce d’Haiphong en 1891. Ancien agent de la maison Denis frères, il avait été élu en tant que représentant de cette grande maison de commerce. Lorsqu’il perd cette fonction, des négociants s’étonnent qu’il continue de siéger à la chambre :

«On nous demande si Jame (François) a donné sa démission de membre de la chambre de commerce. Nous ne le pensons pas. Mais il ne peut manquer de le faire, sachant bien que s’il a été élu membre de la chambre de commerce, ce n’est pas à lui personnellement que cet honneur a été fait par les électeurs consulaires, mais à l’agent de la maison Denis frères. Il aurait dû donner sa démission, dès le jour où la procuration de la maison Denis frères lui a été retirée.»

«Chronique locale : François Jame a donné lundi matin sa démission de membre de la chambre de commerce et du conseil municipal. Mieux vaut tard que jamais !»[vi]



2. Les chambres de commerce d’Hanoi et d’Haiphong,

lieux de contre-pouvoir

Outre l’ambition personnelle bien comprise, quels sont les objectifs généraux des chambres ?

Les différents bulletins édités sur la période insiste sur l’idée de «faire œuvre utile»[vii] .

«Pour cela, il faut que la bonne volonté de tous soit complète, que chacun s’impose l’assiduité aux séances et que vos commissions futures étudient les questions dans leurs détails et documentent leurs mémoires ou leurs rapports de façon à ne jamais  présenter à l’administration supérieure que des résolutions fortement motivées.»

Cette préoccupation affichée par Daurelle, président  de la chambre de commerce d’Hanoi à l’automne 1891, répond aux critiques souvent formulées à l’encontre des chambres et brocardées par la presse locale : les membres des chambres ne siègent pas, les électeurs consulaires ne votent pas, les décisions prises ne sont pas écoutées par l’administration. Les chambres de commerce sont décrites sur toute la période comme inutiles et inefficaces.

Si les séances sont difficiles à mener, c’est que trop peu de membres consulaires se déplacent. Les rencontres doivent souvent être reportées. La presse locale à l’affût de ces dérapages les raille sans compter :

«Depuis un mois, la Chambre de commerce de Hanoï a été convoquée deux fois mais les séances n’ont pu avoir lieu, aucun des membres ne s’étant présenté. Cela provient nous dit-on de l’heure peu favorable des réunions et d’erreurs dans l’envoi des lettres de convocation.»[viii]

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Hanoï, quai du Commerce sur le Fleuve Rouge

Cette question est d’autant plus sensible que certains s’en saisissent pour dénoncer toute démarche électorale. À ce titre la vie des chambres de commerce est épiée et instaurée en symbole de toute libéralisation politique :

«Ils ne se réunissent pas souvent les membres élus de notre Chambre de Commerce. Pourtant il ne manque pas de questions dont l’étude doit les intéresser. (…) Allons, messieurs du corps élu, un peu de courage et, en dépit de la chaleur qui, du reste, n’est pas forte cette année, continuez à vous occuper des intérêts commerciaux qui vous sont confiés.

N’oubliez pas que votre calme, votre sagesse ont déjà prouvé à ceux que le seul mot d’élection fait trembler, combien leurs craintes étaient peu fondées ; il faut encore montrer qu’une assemblée élue a quelque zèle pour la mission qui lui est confiée. Ceci fait il n’y aura pas de raison pour qu’on nous refuse un conseil municipal élu – création qui nous paraît de plus en plus indispensable et s’impose d’urgence.»[ix]

Les insuffisances pratiques et techniques des chambres sont nombreuses : pas de locaux adaptés, un mobilier très restreint, pas de bibliothèques, pas de musées permettant de présenter des collections d’échantillons de produits locaux, et surtout un budget[x] de fonctionnement plus que réduit, ce qui justifie l’ensemble des problèmes précédents.

Toutes ces faiblesses illustrent bien le peu de crédit accordé aux chambres de commerce. Néanmoins, malgré toutes ces insuffisances techniques, les chambres de commerce s’attaquent à d’importantes questions économiques et relaient les  préoccupations et les aspirations majeures des négociants et entrepreneurs. Celles-ci concernent :

- la péréquation des patentes,

- le fret,

- le transit,

- les assurances,

- et surtout, les droits de douane à l’importation et l’exportation. 

Elles répondent aussi aux commerçants établis en métropole. Tous les courriers relatifs aux aspects commerciaux (renseignements concernant les produits, les associations possibles, la recherche d’emplois…) leur sont transmis et ce sont les présidents des chambres qui sont chargés de cette correspondance. À ce titre, ils jouent un rôle indispensable de médiateurs.

De même au cours de leurs voyages personnels, ils témoignent de leur utilité. C’est ainsi que ledit Daurelle contacte les chambres de commerce de Paris et de Marseille lors d’un séjour en France en 1892, lesquelles font écho à ses doléances et lui promettent l’envoi de livres[xi]. Il a également effectué, en vain, deux visites au sous-secrétariat des Colonies où il n’a pu être reçu par Jamais. Par contre, le ministre du Commerce, Jules Roche l’a accueilli chaleureusement et lui a promis le don gracieux de livres fondamentaux pour la constitution d’une bibliothèque commerciale. 

En dehors de cette vie quotidienne des chambres de commerce, il existe quelques questions particulières qui donnent lieu à des conflits avec d’autres acteurs de la vie économique du Tonkin. Ces antagonismes permettent aux chambres de commerce de s’élever en contre-pouvoir.

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Hanoï, typhon du 7 juin 1903

 

2.1 Les conflits avec l’administration locale

Les désaccords entre les chambres de commerce et l’administration du protectorat s’illustrent surtout par la démission unanime de leurs membres. C’est la société Ulysse Pila et Compagnie qui éveille surtout les animosités : elle parvient à souder l’ensemble des négociants et entrepreneurs au Tonkin, en réaction à la création des Magasins généraux. Durant l’été 1888, l’annonce de leur ouverture prochaine cause une très vive émotion dans le commerce de la colonie qui dénonce la mise en place d’un dangereux monopole. Cette menace est si vivement ressentie que l’ensemble des commerçants d’Hanoï envoie au Président du Conseil et aux Ministres de la Marine et des Affaires étrangères la dépêche suivante :

«Ouverture Magasins généraux Haïphong annoncée pour premier septembre : commerce Hanoiïproteste contre ce monopole illégal, ruineux pour Tonkin.

Denis frères, Lacaze, Vaillant, Fontaine et Quintart, Société Franco-Tonkinoise, Hommel, Aibicher, Bourgouin-Meiffre, Jeanning, Philippe et Cie, Daurelle, E Delmas, Wibaux, Debrand, Godard et Cie, Charpantier, Voisin, H Delmas, Blanc, Gayet-Laroche, Debeaux et Cie, Katischer, E Kœnig, Société fermière de l’opium, FH Schneider, Service subventionné des Correspondances fluviales, Felonneau, Guillaume frères, Gillet, Leyret[xii]

À son tour la chambre de commerce d’Hanoï se réunit en urgence et décide à l’unanimité d’appuyer cette pétition. Elle adresse également une dépêche au gouvernement :

« Chambre de commerce Hanoi renouvelle énergiquement protestations contre monopole Magasins généraux Haiphong illégal, désastreux pour pays, mettant obstacle insurmontable au développement commercial. »[xiii]

Quelques mois plus tard, aucune solution n’a été trouvée. Lorsque le Journal officiel annonce le 11 février 1889 l’ouverture des Magasins généraux, la chambre de commerce d’Hanoi se réunie le soir même et adopte à l’unanimité la protestation suivante :

«La Chambre de commerce de Hanoï :

1° considérant que le gouvernement de la métropole n’a pas cru devoir prendre en considération les protestation énergiques et légitimes que la Chambre de commerce de Hanoi lui a adressées ;

2° considérant que l’ouverture des magasins généraux ordonnée par le gouvernement de la métropole est une ruine complète pour le commerce et l’industrie au Tonkin ;

la Chambre de commerce proteste énergiquement contre cette mesure inique.

À la suite de cette protestation la Chambre de commerce a envoyé sa démission dans les termes suivants :

En présence du peu de considération que le gouvernement de la métropole professe à l’égard des protestations de la Chambre de commerce de Hanoi, contre le monopole des Magasins généraux ;

Les soussignés croient et estiment qu’il est de leur devoir et de leur dignité de se démettre des charges, dont avait bien voulu les investir l’administration du protectorat, en les appelant à siéger comme Membres de cette Chambre de commerce.

En conséquence ils ont l’honneur de remettre leur démission à leur président.»[xiv]

Il faut noter que tous les membres de la Chambre de Commerce assistaient à cette séance. Le lendemain, la chambre d’Haïphong adoptait la même attitude.

«Considérant que dans ces conditions désastreuses pour tous, la Chambre de commerce a le pénible devoir de résumer les phases diverses de cette dure campagne de trois années et de déterminer devant l’opinion publique qui jugera les responsabilités de chacun ;

la Chambre de commerce regrette que ses vœux et protestations s’appuyant à la fois sur la loi et sur le sentiment unanime de la colonie n’aient pas été pris en considération dans une affaire où se trouvent engagés les plus graves intérêts du pays.

Et proteste de nouveau avec la dernière énergie, contre l’ouverture et l’exploitation des Magasins généraux, qui constituent un fléau pour la colonie et pour le monopole, entaché de nullité, supprime d’un trait toute liberté commerciale.

« les soussignés membres de la Chambre de commerce de Haiphong, vu la protestation votée dans la séance de ce jour par la Chambre de commerce, considérant que tous les vœux qu’elle a émis dans l’importante question des Magasins généraux sont restés sans effet, qu’une Chambre de commerce n’a aucune raison d’être alors que le gouvernement ne tient aucun compte des avis qu’elle donne dans les questions où elle est consultée, qu’il est inutile par conséquent de maintenir une institution dont les attributions sont purement illusoires, prient le Résident de bien vouloir accepter leur démission de membres des Chambre de commerce.»[xv]

D’où les modifications de statuts.

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Hanoï, quais du Fleuve Rouge

Installée en avril 1889 suite aux premières élections libres qu’ait connu le Tonkin, la chambre de commerce d’Hanoï connaît de nouvelles turbulence. Cette fois, tout part d’une boutade lancée par la chambre d’Hanoi lors d’une séance le 16 août 1890. Trois de ces membres Lacaze, E. Schneider et Charpantier ont demandé une réunion de l’assemblée afin de «protester contre la concurrence déloyale faite au commerce de l’Indochine par la succursale de Commission non patentée que le sous secrétaire d’Etat des Colonies vient de fonder à Hanoï, square Paul Bert, aux bureaux du Trésor du Protectorat, où les prix courants sont à la disposition du public pour recevoir les commandes.»[xvi]

Il s’agit en fait de l’attribution de distinction dans l’ordre du dragon d’Annam. Les négociants protestent du fait qu’il faille payer la somme de 148 francs pour donner suite à cette nomination, alors qu’ils estiment que ces décorations leur sont dues en tant que récompense de leurs efforts dans l’établissement du protectorat français. Ils sont très choqués que l’administration en profite pour prélever une nouvelle taxe les concernant. Ce qui amoindrit forcément la reconnaissance de leur mérite personnel.

Lacaze mène le combat. Il estime que le rôle de la chambre est de protester «hautement contre ce commerce clandestin qui ne peut qu’amoindrir l’Etat qui s’y prête : qu’il n’y a aucune raison pour que l’administration des colonies, qui aujourd’hui tient boutique ouverte de décorations étrangères, n’ouvre pas aux colonies, conquises après tant de sacrifices, un immense bazar où le fonctionnaire et le soldat, seuls habitants alors de ces contrées ouvertes à l’expansion commerciale de la France, trouveront au plus juste prix, denrées de consommation de luxe et de plaisir.»[xvii] Il demande qu’une protestation soit rédigée séance tenante. Aussi la chambre rédige-t-elle une pétition qu’elle adresse au président du Conseil. Elle lui rappelle les divers incidents qui avaient conduit à l’instauration du système électoral en février 1889.

«Cet arrêté était pris au lendemain de la démission collective des anciennes Chambres en présence du peu de considération que le Gouvernement de la Métropole professe à l’égard de leurs protestations, de leurs vœux.

Qu’y a-t-il de changé à cette situation ? Dans chacune des deux villes, une urne et des électeurs de plus. Quelles considérations le Gouvernement de la Métropole a-t-il pour les protestations, les avis et les vœux de corps élus ? Il en avait peu, dit le considérant du 16 février 1889, aujourd’hui il n’y en a plus.»[xviii]

Ce texte, présent dans le procès verbal de délibération de la chambre déclenche les foudres du résident supérieur p. i. Bonnal, déjà vivement critiqué dans le petit monde colonial tonkinois. Considérant que dans cette partie de sa délibération, la chambre de commerce d’Hanoi se livre à une critique très acerbe d’un acte de l’autorité supérieure, qui ne relève aucunement de son contrôle et de sa compétence, Bonnal prend un arrêté le 2 septembre 1890, annulant purement et simplement la délibération de cette assemblée.

La réaction de la presse locale est unanime. Le Courrier de Haiphong écrit :

«Elle était pourtant bien modérée la délibération qui a attiré à la Chambre de Commerce d’Hanoi la colère du résident supérieur p. i., qui vient de perdre une belle occasion de se tenir coi. (…) Bonnal retarde de 4 ans, il se croit encore au temps où résident d’Haiphong, présidant la chambre de commerce consultative, il se coiffait de sa casquette galonnée pour lever la séance, quand un membre de la chambre osait ne pas partager son avis.»[xix]

Cette seconde démission entraîne automatiquement de nouvelles élections. De fait la modification des statuts des chambres de commerce au Tonkin donnent un poids supplémentaire à cet acte d’insoumission qu’est la démission de leurs membres. En donnant la parole aux électeurs, ces derniers les placent en position d’arbitres. L’automne 1890 est une saison élective au Tonkin : à Haïphong, il s’agit d’élections complémentaires. À Hanoï, il s’agit de renouveler l’ensemble du bureau. La réponse élective est très distincte dans les deux villes.


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Haïphong, la Chambre de Commerce dans les années 1930

À Haiphong, le 14 septembre, seuls 11 électeurs sur 55 se déplacent. Faute de votants, un second tour est nécessaire. Le Courrier de Haiphong appelle à la mobilisation[xx] : le journal craint que cette abstention répétée éloigne davantage les réformes attendues pour les conseils municipaux. De Cuers de Cogolin n’hésite pas dans son éditorial à mêler les différents enjeux, en présageant que les opposant à la libéralisation politique pourrait s’emparer de ce prétexte : 

«Mauvaise raison sans doute, mais qui sera exploitée par les ennemis de toute liberté, par ceux qui se raccrochent désespérément à leur fauteuil municipal sachant bien que le bulletin de vote des électeurs feraient bonne et prompte justice de leurs médiocrités. Au second tour, il faut que les électeurs votent en masse, qu’il n’y ait pas d’abstention, que leur empressement nous autorise à demander au gouvernement les franchises municipales auxquelles nous donne droit notre qualité de Français. Nous les réclamerons d’autant plus instamment que l’emprunt municipal de 200 000 # que la part attribuée à Haiphong sur l’emprunt du Tonkin vont donner à la municipalité la libre disposition de crédits très importants (…)

Que tous les électeurs votent aujourd’hui pour la Chambre de Commerce, afin d’avoir le droit de demander demain l’élection du conseil municipal.»

Cet appel n’y fait rien, le 21 septembre il n’y a plus que 5 votants ! De Cuers de Cogolin ne veut y voir qu’une conséquence du mépris de l’administration face aux chambres :

«Voter pour la Chambre de Commerce, à quoi bon ? Mais les Chambres de Commerce ne sont pas écoutées, leurs vœux ne sont pas pris en considération, et il suffit de la colère d’un tyranneau intérimaire, sans autorité réelle, pour infliger à l’une d’elles l’injure d’un blâme officiel. A quoi bon voter alors ? (…) Tel a été le langage des électeurs. Et ils se sont abstenus.»[xxi]

En novembre, ce sont les électeurs consulaires d’Hanoi qui se prononcent. Cette fois, ils se déplacent en majorité : pour 69 inscrits, on compte 37 votants et 37 suffrages exprimés (soit plus de 53,5%). Surtout les négociants soutiennent leurs élus dans leur affrontement avec le résident supérieur p. i. Bonnal : tous les membres démissionnaires sont réélus. Pour autant l’esprit de fronde face à l’administration locale ne faiblit pas :

 «Quelle doit être aujourd’hui l’attitude de la nouvelle chambre ? Elle est toute tracée. Dès la première séance, aussitôt le bureau reconstitué demander au gouverneur général d’abroger l’article du 2 septembre pour lequel à l’aide de nous ne savons quel rapport hétéroclite, le résident supérieur a arraché un semblant d’approbation par télégramme. Si le gouverneur général mieux éclairé ne revenait pas sur sa 1ère décision, la Chambre n’aurait plus qu’à protester encore énergiquement contre ce texte, et cette fois en termes tels que sa délibération fût forcément acceptée. Ensuite elle attendrait sous l’orme des jours moins crachineux. A aucun prix elle ne peut s’incliner devant l’abus de pouvoir.»[xxii]

D’ailleurs fin décembre 1890, l’administration fait également de la résistance : le Journal officiel reste muet sur le résultat de cette élection. Les négociants redoutent qu’il s’agisse d’une mesure dilatoire pour retarder la réunion de la chambre de commerce d’Hanoi dans un contexte difficile où plusieurs questions importantes restent à discuter. Il faut attendre jusqu’au 12 février 1891 pour que cette assemblée se réunisse enfin, soit cinq mois plein d’interruption[xxiii].

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Haïphong, tribune des courses

 

2.2 Les conflits avec le gouvernement métropolitain

On a vu que le second incident majeur opposant une chambre de commerce à l’administration locale repose en fait sur conflit avec le gouvernement métropolitain : la perception d’une taxe à l’occasion de la remise de décorations aux négociants et entrepreneurs du Tonkin.

Deux questions majeures marquent des points de rupture avec le gouvernement :

- celle des adjudications,

- celle des droits douaniers.

Dès 1888, le problème des adjudications empoisonnent les relations entre le commerce colonial et la métropole. En juillet 1888, il ne s’agit que d’une vague rumeur qui est déjà érigée en lourde menace :

«Que deviendrait notre expansion coloniale si les efforts faits par les colons restaient vains ou à la merci d’une simple mesure administrative ? Si au lieu d’être encouragés par la métropole le commerce et l’industrie des colonies étaient considérés comme un ennemi qu’il faut combattre.

Priver le commerce du Tonkin de concourir aux adjudications c’est le ruiner à coup sûr et nous avons tout lieu d’espérer dans le patriotisme éclairé du ministre de la marine pour faire rapporter une mesure dont il reconnaîtra lui-même le danger.»[xxiv]

Jusque là seuls les négociants et entrepreneurs installés au Tonkin participaient aux adjudications. Comme c’est l’administration du protectorat qui finance ces concessions de services ou les travaux entrepris, c’est un gage de recettes élevées et surtout de revenus assurés sur une période assez longue : tout ce qui manque dans la colonie où les affaires sont timides et où tout s’achète à crédit. Obtenir une adjudication, c’est donc prendre une assurance sur l’avenir.

Plusieurs domaines sont concernés : fourniture au service des vivres et des subsistances de l’armée en décembre 1884, fourniture à la société civile de secours aux blessés en juin 1885, fermage de l’opium en juillet 1886, services de correspondances fluviales en août 1886, fermage des jeux en septembre 1886, fermage de la badiane en juin 1887, construction de bâtiments publics à Haïphong en juillet 1887, construction du poste télégraphique en août 1887, fourniture du charbon au service des douanes en août 1887, halles et marchés de la ville de Hanoï en mars 1888, abattoirs en avril 1888, bacs de la province d’Hanoï en mai 1888, vidanges et bouages à Hanoï en juillet 1888.

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Hanoï, rue des bambous

Tout semble donc remis en cause, en mai 1889, lorsque l’administration propose de publier concurremment les avis d’adjudication à Paris et à Saigon : les Tonkinois y voient une concurrence toute déloyale, et également des risques de malfaçons et de défauts dans les mises en œuvre.

Comment répondre correctement à une soumission à Hanoï ou à Haïphong lorsqu’on ne connaît rien de ces places ? La menace est réelle : elle supprimerait la seule source de revenus importants et sûrs.

Aussi les chambres de commerce se mobilisent-elles. En 1889, le gouverneur général transmet à son sous-secrétaire d’Etat deux protestations dans ce sens, qu’il appuie fortement :

«La situation commerciale des Pays du Protectorat ne s’étant guère améliorée depuis cette époque il me semblerait en effet opportun de donner dans la mesure du possible cet encouragement et cet aliment au commerce local.»[xxv]

Ce conflit s’installe durablement. Ainsi en juillet 1892, la chambre de commerce d’Haïphong rédige une nouvelle pétition à ce même propos. Il s’agit alors d’une rumeur affirmant que l’administration centrale substituerait des contrats avec livraison en France, aux marchés exécutoires dans les colonies. A nouveau, la résidence supérieure soutient cette démarche et transmet elle-même le texte au gouvernement métropolitain.

«Je ne saurais trop insister sur tous les inconvénients que présenterait le retour à ce mode d’adjudication, aussi bien au point de vue des intérêts financiers du Protectorat qu’à celui de son développement commercial. L’adjudication en France, laisse à la charge du Protectorat tous les risques du transport et les avaries qui peuvent en résulter. La livraison sur place permet de laisser ces charges au titulaire du marché. D’autre part, exiger la livraison des fournitures en France, c’est donner un véritable monopole au commerce métropolitain au préjudice du commerce local.

En procédant ainsi on arriverait à faire disparaître les plus sérieuses maisons françaises du Tonkin, celles que nous avons le plus grand intérêt au contraire à soutenir et à faire vivre.

C’est un devoir pour l’administration du Protectorat de défendre ceux qui sont venus fonder des établissements ici et de ne pas laisser la métropole profiter seule, à l’exclusion de tous du débouché commercial que nos efforts tendent à chercher.»[xxvi]

Les intérêts du commerce et du protectorat se rejoignent ici. Et il est bon de noter que des alliances peuvent se nouer dans ce cadre avec l’administration locale.

Cette coalition coloniale se perpétue à l’occasion d’un autre problème, celui des droits douaniers. Il s’agit de répondre au gouvernement central qui désire protéger l’économie métropolitaine. Deux blocs s’affrontent et ici, le gouvernement n’est pris à partie que dans son rôle d’intermédiaire.


2.3  Les conflits avec les intérêts commerciaux et industriels métropolitains

L’exemple le plus frappant est celui de la chambre de commerce de Rouen :

Dès 1885, une pétition d’industriels du textile de la région rouennaise attire l’attention du gouvernement sur la concurrence étrangère (anglaise, allemande, suisse et même italienne) jugée déloyale. Cette industrie autrefois prospère doit faire face à de nombreuses fermetures d’usines. Depuis 1878 ce sont cinq maisons de la région, fournissant plus de 255 000 pièces qui ont fermé. Pour autant, la production n’a pas augmenté dans les établissements restés ouverts.

«Les fabricants français n’ont pas immédiatement ressenti l’effet désastreux des traités de commerce : les fabricants étrangers ne connaissaient pas encore les goûts de la population française. Depuis ils se sont instruits, ils se sont renseignés auprès des dessinateurs français qui les ont renseignés. Aujourd’hui nos maisons sont concurrencées par leurs voyageurs qui réussissent d’autant mieux qu’ils peuvent offrir aux négociants des articles moins connus, et leur donnant par conséquent plus de bénéfice.»[xxvii]

Au Tonkin, c’est l’exposition de Hanoï en 1887 qui donne une première visibilité aux activités rouennaises. L’industriel Weil-Wormser y reçoit un diplôme d’honneur pour sa participation[xxviii]. Cette distinction est le signe de l’intérêt croissant de la chambre de commerce de Rouen pour l’Indochine. Quelques mois plus tard, en janvier 1888, Frédéric Gerbié y assure une mission pour le compte du Comité industriel et commercial de Normandie. Il tient régulièrement informé le président  de cette structure, Thouroude, de ses observations. Son voyage le conduit d’abord à Saigon, puis Hanoï, Haïphong, Hongkong (le marché principal où s’approvisionne le Tonkin en cotons filés) et enfin à Pnom Pehn. Il note tout d’abord que la colonie toute entière traverse une grave crise économique.

«L’application du tarif général des douanes à l’Indochine est ici le sujet de toutes conversations dans le monde commercial, et je n’entends que des protestations s’élever contre les promoteurs de cette mesure. Dans sa réponse à M Etienne, qui lui demandait son avis sur cette application du tarif général, la Chambre de Commerce de Saigon s’est faite l’écho des protestations.»[xxix]

L’argument principal à ce propos est que depuis l’application du tarif général instauré par la loi du 26 février 1886, il n’est pas entré un centime de marchandises françaises en plus du mouvement habituel. De nombreuses plaintes et réclamations à cet égard ont été adressées aux pouvoirs publics tant par la voix des Chambres de Commerce de Saigon, Haïphong et Hanoï que par celle de la Presse et par des pétitions individuelles.

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Haïphong, rue chinoise

De plus, les principaux négociants chinois et européens de la place ont, en prévision de l’application du tarif général, fait une véritable spéculation. Ils ont importé un tel stock de marchandises que la douane n’a eu à enregistrer que de très faibles importations pendant les premiers mois de l’application du tarif. Les maisons françaises, en demi-gros et détail, n’ayant pas eu les mêmes capitaux disponibles, n’ont pu se livrer à la même spéculation et ont, pour la plupart, déposé leur bilan.

«Il est certain que pour eux, l’application du tarif général a été nuisible. Mais ce n’est que momentanément, car il suffit que le stock importé en prévision de l’application du tarif général se soit écoulé pour que l’équilibre se rétablisse aussitôt et que les conditions deviennent égales pour tous.»

Aussi Frédéric Gerbié rencontre-t-il les membres des chambres de commerce afin de les convaincre de la nécessité du tarif général. Les discussions tournent court, car ses conclusions sont assez radicales :

«(…) il est inadmissible que, dans une colonie d’exploitation et non de peuplement, comme l’est la Cochinchine, où les Européens composent une si infime minorité, comme il est inadmissible, dis-je qu’on se soumette aux tendances presque séparatiste d’un petit groupe d’Européens turbulents, intéressés ou ambitieux, et sans aucune attache ou sans aucun esprit d’établissement définitif dans le pays, vous pouvez considérer que leurs vœux et leurs protestations resteront sans écho.»[xxx]

À Hanoï, Gerbié rencontre assez longuement le gouverneur général Constans. Ce dernier lui fait part des nombreuses protestations qu’il reçoit contre l’application du tarif général. Il l’invite à investir directement au Tonkin en lui proposant une concession de terrain pour la culture des cotons et son traitement en usine[xxxi].

«Je n’ai pas accepté, la considérant comme inutile. Ainsi que je l’ai fait remarquer à monsieur Constans, il faudrait que nos capitalistes aient une foi bien robuste dans la sécurité et l’avenir du Tonkin pour y envoyer leurs capitaux sans autre garantie qu’une concession de terrain à 1 franc par hectare.»[xxxii]

Par ailleurs Gerbié note que le Tonkin est un pays pauvre «très pauvre même», ce qui impose de proposer des articles aux coûts les plus bas. «Quand on dépasse 31 ou 32 centimes en largeur de 85 centimètres, l’article devient tout de suite trop cher».

Au cours de son enquête, Gerbié est souvent pris à partie par des négociants qui critiquent vivement l’application du tarif général. Il répond à ces remarques par un lettre ouverte à son rédacteur, de Cuers de Cogolin, publiée dans le Courrier de Haiphong le 4 mars 1888. Il y reproche aux négociants locaux d’être exclusivement préoccupés de leurs intérêts propres et de ceux de l’Indochine. A ceux-ci, Gerbié opposent les intérêts de France et rappelle les circonstances qui ont amené la Mère Patrie à conquérir ces terres lointaines d’Asie :

«C’est la lutte pour l’existence. Si toutes les nations du monde s’entourent de barrières douanières, c’est pour subvenir aux frais de l’Etat, équilibrer le budget et protéger l’industrie nationale. Si toutes les nations du monde entretiennent des colonies et en cherchent de nouvelles, c’est uniquement dans le but d’y écouler leurs produits ou d’en tirer parti de toute autre façon. Et il n’est venu dans l’esprit de personne, en France, que nous soyons venus en Indochine pour autre chose. J’en appelle d’ailleurs aux nombreux représentants des producteurs français. Si la France est venue en Indochine et au Tonkin, rappelons-le puisqu’on semble l’oublier, ce n’est pas dans un esprit humanitaire. Car alors elle aurait dû commencer par épargner le sang de nos soldats et bien des larmes dans les familles. Les centaines de millions que nous coûte la conquête du Tonkin auraient soulagé bien des misères en France. Il est donc à supposer que celle-ci n’a consenti à faire tous ces cruels sacrifices que pour trouver dans ces riches pays un nouveau champ à l’activité et au travail de ses enfants, et pour y écouler les produits de ses industries.» [xxxiii]

D’ailleurs le journal se félicite des travaux de Gerbié et des efforts des industriels français pour approvisionner le marché local. La fibre patriotique ne fait pas défaut :

«Ce qui frappe d’abord, c’est que Rouen et la Normandie fabriquent tous les tissus que nous fournit ici l’étranger. Certains articles nous ont paru d’un bon marché exceptionnel ; d’autres au contraire devraient être modifiés pour être écoulés au Tonkin. Ils ne sont ni dans les longueurs, ni dans les largeurs en usage.»[xxxiv]

L’annonce concomitante d’une concession accordée pour la culture et le tissage du coton à un colon nourrit aussi l’espoir de voir triompher au Tonkin, les produits de l’industrie française, métropolitaine ou locale, en entrent pour une large part dans la consommation du pays.

En avril 1889, le débat est relancé par une pétition présentée au gouvernement par Ulysse Pila, Jules Rueff et Charles Wehrung

«Les soussignés ont l’honneur de demander le rejet pur et simple des relèvements des droits sur les filés et les cotonnades (…) ou tout au moins l’ajournement de toute résolution sur cette question spéciale jusqu’à ce qu’une enquête plus approfondie ait démontré l’impossibilité, pour cette seule branche de l’industrie française de lutter contre la concurrence étrangère, malgré tous les avantages que lui donnent des droits déjà si élevés du tarif général.»[xxxv]

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Hanoï, rue Paul Bert et magasins Godard

Sans que la question du tarif général trouve une réponse positive au commerce du Tonkin, le Courrier de Haiphong découvre en juillet 1890 que Weil-Wormser, délégué du syndicat rouennais, a été décoré de la légion d’honneur au titre colonial, dans la catégorie Indochine. Cette nouvelle déclanche des protestations énergiques :

«Quel service a rendu Weil-Wormser à la colonie ? Quel service a rendu au Tonkin, à l’Indochine le syndicat rouennais dont Weil-Wormser est le porte parole ? Non content de ruiner l’Indochine, le syndicat rouennais vient encore voler les croix méritées par de vieux administrateurs, par de vieux colons indochinois. Ne pouvait-on pas au ministère résister aux quémandeurs de Rouen, laisser à l’Indochine les croix qui lui étaient attribuées et donner à Weil-Wormser, si on voulait le décorer, une croix du ministère du commerce ?»[xxxvi]

La polémique se prolonge les années suivantes. Le Nouvelliste de Rouen répondant aux attaques du Courrier de Haiphong et l’Avenir du Tonkin, ce dernier publiant des articles violant au titre évocateur comme «Tyrannie rouennaise»[xxxvii]. À ces attaques, le Nouvelliste répond en prédisant que le Tonkin deviendra également très protectionniste lorsque des entreprises de filature s’y établiront.

Enfin, il faut noter que ces conflits alimentent les débats lors des élections consulaires. Ainsi, le Courrier de Haiphong appelle les négociants à se mobiliser pour désigner six représentants au Conseil du protectorat. Il s’agit de soutenir les chambres de commerce dans leur mission «délicate de défendre les intérêts commerciaux de ce pays, toujours sacrifiés par une chambre ignorante aux appétits de l’industrie et du commerce de la métropole.»[xxxviii]

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Conclusion

Cette communication ne s’est pas attachée à présenter les nombreuses doléances que les chambres de commerce d’Hanoï et d’Haïphong produisent auprès du gouverneur général : l’exclusion des étrangers des adjudications (surtout des Chinois), l’amélioration des infrastructures (principalement des voies fluviales et du port en eau profonde d’Haïphong), le transbordement et l’emmagasinage des marchandises, le fonctionnement du tribunal de commerce, le régime hypothécaire, le fonctionnement du service des Douanes… Il est certain que les principales exigences des chambres portent sur les questions des adjudications et de l’application du tarif général, comme exposé précédemment.

Depuis 1886, les chambre de commerce se sont organisées rapidement. Le changement du mode de désignation de ses membres en 1889 a peu modifié leur composition. Plus marquante est la crise élective de 1890 et 1891, lorsque les chambres s’opposent ouvertement au gouvernement général.

Dans un rapport d’ensemble de 1892, l’administration estime que les chambre d’Hanoï et d’Haïphong fonctionnent régulièrement et qu’elles apportent au protectorat le concours de leur institution. Si depuis 1890 la chambre d’Haïphong dispose d’un local spécial affecté à ses délibérations[xxxix], celle d’Hanoï doit attendre 1897 pour bénéficier du même avantage[xl]. Leurs ressources sont des plus modestes et ne consistent qu’en une contribution spéciale calculée sur le droit fixe des patentes des commerçants du Tonkin. Cette quotité a néanmoins été relevée de 2 à 20 % pour l’année 1893[xli].

Quant à l’arme absolue de la démission, les chambres de commerce du Tonkin l’ont utilisée plus tard. Ainsi en 1896, l’assemblée d’Hanoï démissionne à nouveau. Le motif invoqué est toujours le même : l’administration ne tient pas compte de ses vœux et de ses remarques[xlii]. Cette fois-ci, ce sont les formalités exigées par le service des Douanes qui forment le contexte à la révolte.

Par ailleurs si les chambres de commerce sont soudées face à l’administration locale, au gouvernement et aux groupes commerciaux et industriels métropolitains, ce front commun s’effrite dès que les intérêts personnels des membres sont en jeu. Lors d’une mise en adjudication, lorsque les membres de la même assemblée sont en concurrence, tous les coups sont permis. Toujours en 1896, deux membres de la chambre d’Hanoi s’affrontent au sujet de l’emploi d’un contremaître. Le jour même de la démission de la chambre, un de ses membres influents Charpantier se rend chez le secrétaire général du gouvernement. Il lui expose que Godard, président  de la chambre n’a pas seulement le souci exclusif des intérêts généraux du commerce :

«par exemple, (il) ne s’était pas fait scrupule tout récemment de débaucher un contre-maître habile que Charpantier avait fait venir pour diriger un atelier de confection.»

Les exemples de la sortes pourraient être multipliés tant il est vrai que participer à la vie des chambres de commerce c’est défendre les intérêts d’un groupe social encore marginal, mais également protéger ses affaires et accroître son crédit personnel.

Claire Villemagne

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Haïphong, établissement de l'Intendance coloniale, début du XXe siècle


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[i] Le texte de l’arrêté du 16 février 1889 a été publié au Journal Officiel de l’Indochine (2e partie Annam et Tonkin) dans le numéro du 18 février 1889. il est repris par le Courrier d’Haiphong du 21 septembre 1890.

[ii] Cité par le Courrier de Haiphong du 21 septembre 1890.

[iii] Ibidem.

[iv] De la même façon, il démissionne du conseil d’administration du Courrier de Haiphong à deux reprises : en septembre 1889 et juin 1890. Courrier de Haiphong, numéro du 3 juillet 1890.

[v] Incident rapporté par l’Avenir du Tonkin du samedi 26 février 1887.

[vi] Le Courrier de Haiphong, avril 1890.

[vii] Séance du 19 novembre 1891 de la chambre de commerce d’Hanoi. Discours prononcé par son président : Daurelle.

[viii] Avenir du Tonkin du samedi 12 janvier 1889, n° 135.

[ix] Le Courrier de Haiphong numéro du 3 juillet 1890.

[x] Les recettes budgétaires sont assurées par 2% des patentes perçues par l’administration.

[xi] La chambre de commerce de Marseille « lui a même remis de suite un exemplaire de leurs travaux des trois dernières années. »

Procès verbal de la séance du 2 août 1892.

[xii] Cité par l’Avenir du Tonkin du Samedi 25 août 1888, N° 115

[xiii] Ibidem.

[xiv] Rapporté dans l’Avenir du Tonkin du samedi 16 février 1889 dans son numéro 140.

[xv] Ibidem.

[xvi] Lettre adressée par Lacaze, E. Schneider et Charpantier au président  de la chambre de commerce d’Hanoi le 12 août 1890. Reproduite dans le Courrier de Haiphong du 14 septembre 1890.

[xvii] Article du Courrier de Haiphong du 14 septembre 1890

[xviii] Ibidem.

[xix] Ibidem.

[xx] Courrier de Haiphong du 21 septembre 1890. Editorial de Cuers de Cogolin.

[xxi] Courrier de Haiphong du 25 septembre 1890.

[xxii] Courrier de Haiphong le 20 novembre 1890.

[xxiii] Courrier de Haiphong du 12 février 1891. La dernière séance de l’assemblée datait du 10 septembre 1890. La question de l’arrêté du 2 septembre annulant une partie de la délibération de la chambre du 16 août précédent semble alors résolue.

[xxiv] Avenir du Tonkin du samedi 28 juillet 1888, N° 111

[xxv] Lettre du résident supérieur Brière, datée d’Hanoi le 26 novembre 1889. CAOM INDO GGI/ 6229

[xxvi] Lettre du résident supérieur Chavassieux, datée d’Hanoi le 5 juillet 1892. CAOM INDO GGI/6238

[xxvii] Archives départementales de Rouen, dossier 4 J0270.

[xxviii] Avenir du Tonkin du samedi 7 mai 1887.

[xxix] Lettre de Gerbié à Thouroude, datée de Saigon le 27 janvier 1888. Archives départementales de Rouen, dossier 4 J0270.

[xxx] Ibidem.

[xxxi] Un accord similaire a été trouvé avec l’industriel basé à Hanoi Bourgoin-Meiffre, d’ailleurs membre important de la chambre de commerce de cette ville.

[xxxii] Lettre de Gerbié à Thouroude, datée d’Haiphong le 25 février 1888. Archives départementales de Rouen, dossier 4 J0270.

[xxxiii] Courrier de Haiphong du 4 mars 1888.

[xxxiv] Ibidem.

[xxxv] Datée de Paris le 16 avril 1889. Reproduite dans l’Avenir du Tonkin du samedi 8 juin 1889, N° 156.

[xxxvi] Courrier de Haiphong du 20 juillet 1890.

[xxxvii] Courrier de Haiphong du 1er février 1891.

[xxxviii] Courrier de Haiphong du 3 mai 1891.

[xxxix] «Le résident maire avise la Chambre que le local destiné aux réunions de la Chambre, à l’installation de ses bureaux en archives, sera aménagé sous peu dans l’immeuble Reynaud, rue Paul Bert.» Procès verbal de la chambre de commerce d’Haiphong du 27 août 1890, publié dans le Courrier de Haiphong le 14 septembre 1890.

[xl] «A cette date, le gouverneur de l’Indochine décide que la chambre de commerce de la ville de Hanoï, aurait pour siège l’ancien palais du Kinh Luoc, le vice-roi du Tonkin. Ce dernier, appelé auprès du jeune empereur de l’Annam pour y occuper les fonctions du ministre, rien ne s’opposait à ce que cette belle habitation reçût une destination utile. Ce palais, de construction récente, se compose de trois bâtiments principaux : l’ancienne salle des fêtes sert aujourd’hui de salle de délibération. Vaste, bien éclairée, dominée par des galeries intérieures, elle se transforme, aux jours d’expositions, en un véritable musée, où se trouvent rassemblés les plus beaux spécimens de l’industrie annamite. Elle forme le bâtiment principal. À droite, se trouve le local réservé à la bibliothèque et aux bureaux de la Chambre de Commerce. Le bâtiment de gauche est habité par M Simon, secrétaire archiviste de la Chambre. D’autres bâtisses forment les dépendances : le tout est placé au milieu d’un jardin plein de verdure, clos de tous côtés par une haute grille en fer. Le 19 novembre 1897, les membres de la Chambre de Commerce se réunirent, pour la première fois, dans le palais du Kinh Luoc.» D’après Robert DUBOIS, Le Tonkin en 1900, Paris, Société française d'éditions d'art, 328 p.

[xli] Rapport général sur le Tonkin 1892, conservé au CAOM, dossier INDO GGI 21676.

[xlii] INDO GGI//6229 1889 / 1904 Vœu de la Chambre de Commerce de Hanoi. Rapport du gouverneur général de l’Indochine au ministre au ministre des Colonies, daté d’Hanoi le 16 août 1896.


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Haïphong, la Cotonnière


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